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CHARTE DU FRONT POPULAIRE

CHARTE DU FRONT POPULAIRE
Pôle de la Gauche Patriotique, Républicaine, Démocratique, Sociale, Progressiste et Panafricaine.


Préambule


Nous, partis politiques, mouvements, regroupements et associations ci-dessous signataires de la présente Charte,

Unis par notre attachement au rayonnement du Mali, à la prospérité du Peuple malien dans une Afrique unie en marche vers l’avenir, à la défense de la Constitution démocratique de 1992 et à la sauvegarde des valeurs, des idéaux ainsi que de l’ordre politique et institutionnel issus de la Révolution du 26 mars 1991 ;
Rassemblés pour la promotion d’une société plus juste et plus solidaire mettant en avant les idéaux de progrès social, du socialisme démocratique et du principe d’égalité des chances ancrés dans nos valeurs sociétales ;
Assumant avec droit et devoir d’inventaire l’héritage des forces de Gauche accumulé de la période coloniale à la Transition démocratique 1991-1992 en passant par celle de la construction nationale 1958-1968 ;
Prenant en compte les aspirations profondes et légitimes des maliens et des maliennes tant de l’intérieur que de la Diaspora ;
Considérant que le 22 septembre 1960 le Peuple malien, fier de sa devise Un Peuple- Un But- Une Foi et fort de sa diversité ethnique et culturelle, s’est résolument engagé dans la voie de la construction d’un État fort, épris de justice sociale, ancré dans nos valeurs sociétales positives, résolument tourné vers l’avenir et pleinement souverain comme moteur essentiel de l’édification d’une économie nationale, indépendante et planifiée orientée vers la satisfaction des besoins fondamentaux de la population et un développement équilibré de toutes les régions;
Considérant que le 26 mars 1991 le Peuple malien a, au prix du sang des martyrs, inscrit une nouvelle page glorieuse de son Histoire pour que s’instaurent au Mali un véritable Etat de droit et un cadre institutionnel réellement démocratique ;
Considérant que depuis la Révolution démocratique de mars 1991, le Peuple malien a accompli des progrès indéniables dans le domaine des libertés publiques et individuelles et en matière d’infrastructures socioéconomiques ;
Considérant toutefois que des défaillances notoires au niveau du choix des hommes et des femmes chargés d’animer les institutions républicaines et de graves dérives dans l’exercice du pouvoir, notamment en matière de gouvernance politique, économique et financière, de pratiques électorales, de petite et grande corruption ainsi que dans l’appréciation et la gestion des risques sécuritaires, ont sérieusement sapé l’autorité de l’Etat, entamé la confiance des citoyens dans la République et nourri la propagande des milieux anti-démocratiques et obscurantistes ;
Considérant que le coup d’Etat anti-démocratique de mars 2012 ainsi que l’occupation armée des régions Nord par une nébuleuse de séparatistes, de djihadistes et de terroristes sur fond de narcotrafic et d’autres crimes organisés transfrontaliers ont mis en péril la République, la démocratie, la laïcité, l’intégrité du territoire national et l’existence même de notre Nation ;
Considérant que, nonobstant la forte mobilisation qui les a caractérisées, les élections générales de 2013 ont mis à nu de sérieuses failles de notre système électoral qu’il urge de corriger en profondeur ;
Considérant qu’il existe une inadéquation profonde entre le mode de gouvernance d’une part, et d’autre part, les défis politiques, économiques, sociaux et sécuritaires tant présents que futurs que le Mali et son Etat républicain, démocratique, unitaire et laïc doivent relever pour assurer leur survie et garantir l’intégrité territoriale du pays ;
Considérant que la crise du Nord, le terrorisme, le djihadisme sur fond d’irruption de leaders religieux dans le champ institutionnel politique, la crise économique et financière mondiale, les contraintes de l’aide extérieure et des politiques migratoires des pays développés, les crises politico-sécuritaires dans la sous-région, ailleurs en Afrique et à travers le monde,  le changement climatique, la vulnérabilité de l’agriculture et les risques d’insécurité alimentaire, la faiblesse du tissu industriel, les rigidités de l’économie, la crise de l’Ecole, l’analphabétisme, le chômage des jeunes, l’accaparement des terres urbaines et rurales, la corruption d’une frange importante des élites politiques, bureaucratiques et militaires, l’affairisme dans le secteur privé sur fond de clientélisme public-privé, la faiblesse des capacités humaines et institutionnelles de l’Administration publique centrale, régionale et locale, les survivances de velléités bonapartistes et restauratrices au sein des Forces Armées et de Sécurité, les difficultés d’accès des populations urbaines, périurbaines et rurales aux services sociaux de base sont de véritables sources de préoccupation auxquelles il convient de faire face de manière urgente, systématique et radicale;
Déterminés à combattre le terrorisme, le séparatisme, le djihadisme et le narcotrafic sous toutes leurs formes ainsi que toutes forces, actions et dérives portant atteinte aux valeurs de la République et de l’Etat de droit, aux fondements de notre culture, à la bonne gouvernance et à l’affirmation de l’autorité de l’Etat démocratique ;
Profondément attachés à la sauvegarde de l’intégrité du territoire national, au renforcement de l’unité et de la concorde nationales, de la paix, de la sécurité, de la quiétude et de la cohésion sociale au Mali ;
Conscients que seul un État fort, respectueux des valeurs et principes démocratiques et efficacement gouverné par des hommes et des femmes au patriotisme, à l’intégrité morale, au courage politique et à la compétence avérés peut relever les énormes défis sécuritaires, politiques, économiques, sociaux, institutionnels et environnementaux présents et futurs auxquels le pays est confronté et conduire à bon terme les indispensables réformes structurelles dont le Mali ne saurait faire l’économie pour son émergence en tant que Nation unie, solidaire, résolument tournée vers l’avenir et offrant des chances égales à tous ses fils et filles;
Convaincus en outre que la sauvegarde et la promotion de nos valeurs culturelles positives et de nos langues nationales dans l’ouverture maîtrisée sur le monde extérieur constituent les bases les plus solides du progrès et du développement ;
Conscient de ce que la crise de l’Ecole et de l’emploi, quoique n’étant point l’apanage de notre jeune Etat démocratique, contribue toutefois à faire le lit des forces obscurantistes tout en privant l’économie et la société de vitales ressources humaines ;   


Convaincus de la nécessité d’une véritable refondation de l’Ecole malienne à la lumière des défis et des enjeux d’aujourd’hui et de demain ;
Déterminés à offrir à la jeunesse urbaine et rurale de nouvelles raisons d’espérer et de se mobiliser à fond pour la construction d’un Mali émergent ;
Engagés à soutenir une plus grande implication d’une société civile véritablement autonome dans la vie publique ;
Convaincus de la nécessité d’un développement écologiquement et socialement durable et équilibré de toutes les régions du Mali qui profite effectivement aux laborieuses populations rurales ainsi qu’aux couches urbaines et péri urbaines les plus défavorisées ;
Décidés à promouvoir l’émancipation politique, économique, sociale et culturelle de la femme en milieu tant rural qu’urbain ;
Convaincus que des Forces Armées et de Sécurité acquises aux valeurs de la République, bien formées, bien équipées, bien encadrées et convenablement motivées sont un rempart solide de l’ordre démocratique et un garant sûr de l’intégrité territoriale nationale pouvant contribuer en outre au développement socioéconomique du Mali ;
Déterminés à redonner au Mali son rôle moteur et fédérateur essentiel dans le processus d’intégration régionale et d’unité africaine ;
Engagés à promouvoir la coopération internationale dans un esprit de partenariat véritable ainsi que la paix et la sécurité mondiales pour le progrès de l’Humanité ;
Convaincus que le combat pour la sauvegarde et le renforcement de la démocratie, de la République, de la laïcité et de l’unité nationale ainsi que la recherche d’une prospérité bénéficiant au Peuple nécessitent une large union de toutes les forces patriotiques, républicaines, démocratiques et progressistes ;

DECIDONS


De créer, à travers la présente Charte, le Front Populaire : Pôle de la gauche Patriotique, républicaine, démocratique, sociale, progressiste et panafricaine pour rassembler toutes les forces politiques et sociales, patriotiques, républicaines, démocratiques, progressistes et panafricanistes partageant notre vision et notre engagement pour le Mali.
Il s’agit, à travers le Front Populaire, de s’engager résolument en faveur de la refondation démocratique globale de l’Etat malien et de notre économie pour l’édification d’une société de progrès, de justice sociale et de solidarité pour tous dans un Mali et une Afrique qui gagnent et réclament leur juste place dans le concert des nations démocratiques, libres et prospères.
 L’adhésion au Front Populaire : Pôle de la Gauche patriotique, républicaine, démocratique, sociale, progressiste et panafricaine est ouverte à tous partis politiques, mouvements, regroupements et associations qui en acceptent les valeurs, les principes et les objectifs politiques tels que consignés dans la présente Charte.
Le Front Populaire est fondé sur les valeurs et les principes fondamentaux suivants :
- le respect de la souveraineté du Peuple, de la Constitution et de toutes les lois de la République ;
-l’affirmation de la souveraineté nationale, y compris en matière de défense, de sécurité, de politique étrangère et d’exploitation de nos ressources naturelles dans un esprit de partenariat gagnant-gagnant avec tous pays étrangers respectueux des intérêts primordiaux du Peuple malien ;
- la sacralité de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale au-delà des clivages partisans et des vicissitudes de l’Histoire ;  
- l’opposition à toute forme de prise de pouvoir par la force des armes ou la manipulation de la Constitution et des élections ;
-le retrait de l’Armée du champ institutionnel politique et la subordination de l’autorité militaire à l’autorité civile ;
- la construction de Forces Armées et de Sécurité fortes, bien équipées, bien encadrées et bien motivées, acquises aux valeurs de la République et capables d’assumer leurs missions régaliennes de défense de l’intégrité territoriale de la Nation, de maintien de l’ordre républicain et de sauvegarde des institutions constitutionnelles ;  
- la non immixtion des leaders religieux dans le champ institutionnel politique ;
- le respect de la forme républicaine, démocratique, unitaire et laïque de l’État ;
- le respect de l’État de droit, des droits humains, des libertés publiques et individuelles ainsi que de l’indépendance de la justice ;
- la professionnalisation de l’Administration publique centrale, régionale et locale et sa mise à l’abri des compétitions politiques partisanes ;
-la refondation de l’Ecole républicaine comme centre d’instruction, d’éducation et de formation et comme vecteur de mobilité sociale ;  
- la sauvegarde et la promotion des droits humains fondamentaux, des libertés publiques, civiles, syndicales, politiques, culturelles et sociales ;
- l’égalité des chances pour tous les citoyens et citoyennes ;
- la promotion du progrès scientifique et de la lutte contre l’obscurantisme ;
- la construction d’une économie moderne, solidaire, respectueuse de l’environnement et des intérêts des générations futures, encadrée, régulée et stimulée par l’Etat central, favorisant un développement socioéconomique équilibré de toutes les régions et basée sur un secteur public et parapublic performant, un secteur privé national ou étranger socialement et écologiquement responsable ainsi qu’un secteur coopératif fondé sur le volontariat ;
- la promotion de l’équité-genre ;
- l’émancipation économique, sociale, politique et culturelle du monde rural et des couches urbaines et péri urbaines défavorisées ;
- la lutte contre l’exclusion et le parasitisme social ;
-l’obligation de reddition des comptes pour tout agent public nommé ou élu ;
- la promotion d’une culture du travail bien fait, de l’esprit d’entreprise et d’innovation, d’obligation de résultat, du mérite individuel et collectif, du dialogue social et politique, du contrôle citoyen et du bannissement de l’impunité ;
-la promotion d’une gouvernance vertueuse et sobre assurant une gestion transparente des ressources et des affaires publiques au triple plan central, régional et local et luttant efficacement contre la petite et grande corruption ainsi que contre la spéculation foncière et l’accaparement des terres ;
- la promotion d’une décentralisation et d’une libre administration des collectivités tournées vers la démocratie locale et la satisfaction des besoins sociaux dans l’efficacité, la transparence ainsi que dans le respect de l’unité nationale, de la forme unitaire et de la laïcité de la République et sous l’impulsion, la direction et le contrôle d’un Etat central fort et capable ;
- la promotion de nos valeurs et pratiques sociales et culturelles positives dans l’ouverture maîtrisée sur le monde extérieur ;    
- la promotion de l’intégration nationale et de l’unité africaine au service des Peuples ;
- l’appropriation nationale et démocratique de tout processus de sortie de la crise multidimensionnelle que connait le pays ;
- la promotion de la solidarité internationale et du dialogue des civilisations.
Par ailleurs, dans le respect de l’identité propre, de l’indépendance et de l’autonomie de pensée et d’action de ses différentes composantes, le Front Populaire se fixe les objectifs politiques suivants :
- œuvrer activement à la promotion du patriotisme, au réarmement moral du Peuple et à l’émergence des idées ainsi que du programme de la Gauche patriotique, républicaine, démocratique, sociale, progressiste et panafricaine en vue de son accession au pouvoir par la voie des urnes ;
- harmoniser les positions des partis politiques, mouvements, regroupements et associations signataires sur toute question touchant la vie de la Nation et dégager ensemble des positions communes face aux défis se présentant au niveau sous-régional, africain et mondial ;
- assurer une coopération étroite et un partenariat actif et efficace entre les partis politiques, mouvements, regroupements et associations signataires en vue de la formulation et de la mise en œuvre de toute action politique, à court, moyen et long termes contribuant au renforcement de la démocratie au Mali et en Afrique, au progrès socioéconomique du Peuple ainsi qu’à la consolidation de l’unité et de la concorde nationales ;
- créer, entre les partis politiques, mouvements, regroupements et associations signataires, un cadre d’action politique, tant au niveau central qu’au niveau des collectivités décentralisées, en vue d’une participation concertée aux élections présidentielles, législatives, régionales et locales ainsi qu’à la gestion du pouvoir au bénéfice du Peuple ;
- œuvrer au renforcement de la solidarité et de l’unité d’action entre les militants, cadres et structures des partis politiques, mouvements, regroupements et associations signataires ;

- mutualiser les efforts de formation civique et d’éducation politique des militants et militantes ;
- créer et animer ensemble des groupes et clubs de réflexion stratégique et/ou d’action démocratique, sociale et populaire.
L’encadrement, la direction et l’animation politique du Front Populaire sont organisés comme suit :
-    Une Assemblée Générale : composée de dix délégués de chaque parti politique, mouvement, regroupement et association membres dont au moins trois femmes et deux représentants des mouvements de jeunes ;
-    Un Directoire Politique : composé des deux principaux leaders de chaque parti, mouvement, regroupement et association membre, la présidence s’exerçant de façon tournante dans l’ordre alphabétique des composantes pour une durée de quatre (4) mois ;
-    Un Comité Exécutif : constitué de deux représentants de chaque parti politique, mouvement, regroupement et association membre ;
-    Un règlement intérieur fixant les conditions d’organisation et les modalités de fonctionnement de l’Assemblée Générale, du Directoire Politique et du Comité Exécutif ainsi que les règles de financement, d’adhésion de nouveaux membres, de sanctions et les procédures d’amendement et de révision de la présente Charte.


                                              Fait à Bamako le 6 juin 2016