Accueil

Déclaration de l’ADPS sur la situation politique, sécuritaire, économique et sociale au Mali

Introduction :
        Il y a trois ans, l’Alliance des Démocrates Patriotes pour la Sortie de crise (ADPS) organisait une conférence de presse sur la situation politique, économique, sociale et sécuritaire de la République du Mali. Tout en précisant à l’époque –soit moins de 12 mois après l’investiture de l’actuel Président de la République- qu’il était prématuré de dégager des tendances générales, a fortiori de dresser un bilan du régime issu des élections générales de 2013, l’ADPS tirait déjà la sonnette d’alarme sur les dérives de la gouvernance politique, économique, financière, sociale et sécuritaire, y compris l’absence d’une vision et d’une approche stratégique des défis auxquels la Nation et l’Etat républicain, démocratique et laïc étaient confrontés. En outre, l’ADPS mettait en exergue les contradictions plombant le régime, y compris celles liées à l’influence déterminante des parrains intérieurs (putschistes et forces obscurantistes instrumentalisant la religion dominante à des fins politiciennes, etc., etc., …) et extérieurs (ex-puissance coloniale et autres acteurs aux agendas troubles) et pouvant affecter négativement la gestion des affaires publiques et des ressources de l’Etat.
     A l’époque, l’ADPS avait clairement fait savoir que, bien que ne disposant d’aucun député à l’Assemblée Nationale, le regroupement politique et ses membres étaient « fermement engagés à apporter leur contribution au débat sur les grands enjeux de la Nation…soit pour critiquer et dénoncer de manière constructive mais ferme et sans ambiguïté, soit pour faire des propositions et recommandations politiquement désintéressées, soit pour mettre en garde et tirer la sonnette d’alarme chaque fois que la République et les intérêts du Peuple seront menacés ou en voie de l’être ». Cette ligne de conduite responsable et engagée est restée constante car n’obéissant à aucune motivation politicienne et solidement ancrée dans nos traditions de combat pour le Peuple et les causes justes.
      Trois ans plus tard, force est de constater l’échec du régime issu des élections générales de 2013 non seulement dans la résolution de la crise du Nord, mais aussi dans tous les domaines déterminants pour le présent et l’avenir du Mali. Loin d’avoir apporté ne serait-ce que des pistes de solution pour une sortie crédible et durable de la crise multidimensionnelle qui secoue le Mali bien au delà du Septentrion, le régime actuel s’embourbe dans des sentiers solitaires, chaotiques, boueux et hasardeux mettant en cause l’unité nationale, l’intégrité territoriale et la souveraineté du Mali ainsi que le caractère républicain, démocratique, laïc et unitaire de l’Etat, la paix sociale, la relance économique et les intérêts des générations futures.
      La présente Déclaration porte sur les thématiques suivantes:
-    la gestion de la crise du Nord et l’aggravation de l’insécurité;
-    le projet de révision constitutionnelle;
-    le nouveau Gouvernement et, enfin,
-    l’état de l’économie et la dégradation du climat social.

A)    De la gestion de la crise du Nord et l’aggravation de l’insécurité:
               En foulant aux pieds le principe sacro-saint d‘appropriation nationale du processus de sortie de crise, le régime issu des élections générales de 2013 poursuit sa fuite en avant en liaison avec l’agenda de l’ex-puissance coloniale et de certains parrains salafistes de divers groupes armés écumant le Nord et d’autres zones du Mali.
            C’est le lieu de rappeler que, rentré précipitamment de Paris, le Président de la République prononçait une allocution radiotélévisée consacrée officiellement à la mutinerie du 30 septembre 2013 ayant secoué Kati, siège de l’ex-junte qui a contribué de manière décisive à le porter au pouvoir, dans lequel il annonçait, tel un cheveu dans la soupe, que « les populations de toutes les régions du Mali seront mises en totale responsabilité de leur développement » !  A l’époque, beaucoup de nos compatriotes s’étaient focalisés sur la phrase présidentielle suivant laquelle «  Kati ne fera plus peur à Bamako, en tous cas pas à Koulouba », passant en réalité à côté de « l’os de la parole ». En effet, le message essentiel que le Chef de l’Etat voulait transmettre au Peuple malien, se trouvait dans cette autre phrase : « les populations de toutes les régions seront mises en totale responsabilité de leur développement »! Ainsi donc, sous le couvert de décentralisation poussée (notion vague, s’il en est), vite relayée par le concept de régionalisation et une interprétation abusive du principe de libre administration des collectivités, le Président de la République annonçait déjà les couleurs du futur Accord d’Alger, l’Accord de la démission nationale violant la Constitution du Mali car introduisant un système confédéral sans le nom et préparant le lit juridique, politique et diplomatique de la partition du Mali, de la remise en cause de la laïcité de l’Etat ainsi que des valeurs cardinales de la République et de la Démocratie. Dans le même ordre d’idées et dans la même foulée, c’est de retour de la « Métropole » que le Président de la République a , en l’espace de  quelques semaines seulement, organisé en fin octobre et début novembre 2013 de soit disant « Assises du Nord » et un séminaire sur la décentralisation marqué par la présence ostentatoire d’un fort contingent d’ « experts » de l’ex-puissance coloniale conduit par M. Charles Josselin, ancien ministre de la Coopération. La trame du futur Accord d’Alger était ainsi posée sous forte influence de l’ex-puissance colonisatrice et sans aucune implication réelle du Peuple et de la représentation parlementaire nationale.


   Incapable de résoudre la crise du Nord dans l’intérêt du Peuple malien, de refonder et renforcer les Forces de Défense et de Sécurité et de restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble du territoire national, le régime issu des élections générales a laissé l’insécurité se généraliser un peu partout, notamment dans les régions centrales du pays, au prix de la fragilisation de la coexistence pacifique, harmonieuse et complémentaire entre différentes communautés locales et d’une absence de l’Etat, de l’école et d’autres services publics de base. Tout premier régime malien à avoir signé un Accord de Défense avec l’ex-puissance colonisatrice – ce Rubicon que même le régime militaire de 1968 n’a pas osé franchir – l’actuel Président de la République a ainsi gravement compromis la souveraineté militaire du Mali. Le mandat de la Minusma ayant été conçu de manière que le Gouvernement malien n’exerce aucun contrôle politique sur les opérations militaires de la force onusienne, et la ‘’ lutte anti-terroriste’’ ayant été sous-traitée à la Force Barkane, il n’est point étonnant que les djihadistes aient en réalité élargi leur zones d’action et d’influence bien au-delà de celles qu’elles contrôlaient avant la mi-janvier 2013.
      C’est le lieu de signaler que le mandat actuel de la Minusma la rend totalement inefficace, d’autant plus que ses hauts responsables ont à maintes reprises souligné que la Force onusienne n’a vocation à combattre ni les séparatistes ni les dhihadistes. L’ADPS a toujours insisté sur l’impérieuse urgence qu’il y a à reformuler le mandat de la Minusma dans le sens d’un accompagnement des Forces de Défense et de Sécurité du Mali dans la neutralisation de toutes les forces négatives, savoir : tous groupes armés mettant en cause l’intégrité territoriale du Mali et le caractère républicain et laïc de l’Etat malien.    
     Pour tout dire, l’Etat malien est aujourd’hui beaucoup plus absent sur le terrain qu’il ne l’était en septembre 2013, abandonnant ainsi à elles-mêmes et au joug des hordes djihadistes, du crime organisé transfrontalier et du grand banditisme de nombreuses populations dans des espaces en extension continue.
         En dépit du tapage médiatique sur l’adoption de lois de programmation militaire et sécuritaire – dont il convient de rappeler qu’elles furent initiées dès mai 1991 par le Gouvernement de Transition 1991-1992- force est de regretter que, dans les faits, rien de significatif et de consistant n’a été réalisé en matière de renforcement des capacités de l’appareil militaire et sécuritaire dans les états majors et sur le théâtre des opérations. Le nombre de victimes tant civiles que militaires est beaucoup plus élevé aujourd’hui qu’avant la signature de l’Accord d’Alger. La violence semble prendre des dimensions qui, faute d’une présence dissuasive de l’Etat et d’un cadre cohérent d’anticipation et de gestion transparente et ordonnée de la compétition pour l’accès aux ressources naturelles (terres, eaux, pâturages, etc., etc.) risque fort de déborder sur des affrontements intercommunautaires. A cet égard, il est impératif que l’Etat fasse prévaloir partout son autorité dans la justice, la transparence et le respect des droits de l’homme afin de prévenir toute explosion desdits conflits. Il est tout aussi impératif que les leaders d’opinion pouvant s’identifier à telle ou telle communauté s’abstienne de toute exploitation abusive de ces conflits fratricides pour saper davantage l’indispensable confiance entre communautés ayant cohabité en parfaite symbiose et complémentarité des siècles durant. La classe politique et la société civile doivent, dans un élan commun, s’investir pour le maintien et le renforcement de l’unité et de la cohésion nationale et obtenir l’engagement des uns et des autres à user de moyens exclusivement pacifiques et légaux pour la gestion des conflits. Parallèlement, le renforcement des capacités opérationnelles des Forces de Défense et de Sécurité, couplé avec leur réarmement moral, l’amélioration de leurs conditions de vie et de casernement ainsi que la moralisation de leurs actions, l’adéquation permanente entre celles-ci et les valeurs de la République, sans oublier le respect des droits de l’homme, doivent recevoir une plus grande priorité de la part des pouvoirs publics. La confiance entre les citoyens et l’Etat, y compris ses bras séculiers, est largement à ce prix.    
      Au total, faire voter un budget militaire alignant des milliards de nos francs est une chose, pouvoir l’exécuter avec diligence et dans la transparence en est une autre. Gravissime faute de jugement politique et suprême mépris pour le sacrifice des hommes et femmes en uniforme se débattant dans des conditions quasi impossibles sur le terrain, le Commandant en Chef des Forces Armées et de Sécurité a souvent préféré voyager vers des contrées lointaines ne présentant aucun intérêt stratégique évident pour le Mali alors qu’il se devait d’honorer, au nom de l’Etat et de la Nation, la mémoire de soldats et de personnel de sécurité tombés sur le champ de bataille sous les balles et mines traitresses de la nébuleuse narcoterroriste.      
   La soit disant Conférence d’Entente Nationale, annoncée à grands renforts de publicité tapageuse et mensongère, fut un échec patent, tout comme au demeurant l’Accord d’Alger dont elle est l’une des prescriptions. Qui plus est, elle a servi de couverture et de cheval de Troie pour les forces obscurantistes dont certaines avaient partie liée avec les occupants djihadistes du Nord pour tenter de faire avaliser un chimérique dialogue avec les groupes terroristes opposés à la laïcité de l’Etat et aux valeurs cardinales de la démocratie et de la République. L’un des arguments spécieux avancés par les sympathisants de la cause djihadiste est que, le Gouvernement malien ayant accepté de négocier avec le MNLA alors même que celui-ci revendique la partition du pays, pourquoi ne pas, à plus forte raison, négocier avec les djihadistes qui, clament-ils, n’ont jamais ambitionné de diviser le Mali et sont des citoyens maliens? Or, dire que les groupes djihadistes ne cherchent pas à diviser le Mali est une abominable contre-vérité car dans sa plateforme politique de 2012, le groupe salafiste écrit textuellement : ‘’le Mali doit opérer un choix non équivoque entre préserver son intégrité et vivre sa laïcité. Sauver les deux à la fois est hors de question pour Ansar Eddine’’! Au surplus, tout comme les parrains du MNLA, ceux d’Ansar Eddine sont aussi des étrangers, sans oublier que le chef de la branche locale d’AQMI (ex-GSPC et GIA d’Algérie ayant fait allégeance à AlQuaïda) est membre fondateur dudit MNLA.     
   En faisant mine de rejeter toute dimension politique de l’Azawad, la Conférence dite d’Entente Nationale a, en fait, entériné la définition qu’en donne l’Accord d’Alger, savoir, qu’il s’agit d’une « nation »! Les menaces proférées par un délégué de la CMA, couplées avec l’assertion présidentielle selon laquelle il n’y a pas « consensus » sur la définition de l’Azawad, laissent présager que les rebelles et leurs parrains n’ont pas dit leur dernier mot, eux qui savent que, comme toujours, le régime actuel finira pas s’aligner sur leurs desiderata, revendications et diktats.   
  La soit disant « Charte d’Entente Nationale » n’a même pas connu ne serait-ce qu’un début d’esquisse, d’autant moins que le cadre choisi ne débouchera jamais sur une réconciliation véritable et une consolidation de l’unité nationale, faute d’appropriation nationale du processus de sortie de crise.
         Au total, l’Accord d’Alger (suite logique des fameuses résolutions du Conseil de Sécurité, toutes inspirées par l’ex-puissance coloniale qui se trouve être aussi l’un des parrains du MNLA) et toutes ses prescriptions n’apportent aucune voie de sortie crédible et efficace de la crise du Nord car fondés sur une analyse erronée et fortement biaisée des origines de ladite crise abusivement imputées à la «mauvaise gouvernance ». Les vrais  facteurs expliquant la crise du Nord et sa résurgence sont à rechercher ailleurs, savoir : convoitises internationales sur les énormes ressources stratégiques que renferme le Septentrion malien, d’une part, et, d’autre part, survivances féodales, esclavagistes et racistes dans certains milieux servant de suppôts et de cheval de Troie pour l’ex-puissance coloniale et de nouveaux acteurs, y compris ceux impliqués dans le narco trafic et le crime organisé.
       L’ADPS a toujours estimé que la crise du Nord ne peut être résolue que par un Etat central fort, capable de conduire les inévitables reformes de démocratisation de certaines communautés de cette zone géographique du Mali ainsi qu’un processus politique endogène de dialogue intra et intercommunautaire appuyé par des actions de développement intégrant la dimension environnementale et l’équité dans l’accès aux ressources naturelles, une action diplomatique vigoureuse et une action politique clairvoyante visant à couper les groupes armés d’une part de tout sanctuaire dans un ou plusieurs pays limitrophes ainsi que de tout appui de la part de parrains étrangers et, d’autre part, de tout soutien interne des populations locales.
   Cette démarche alternative a été explicitée et systématisée dans le Manifeste de la Nation issu du 3ème round de la Table Ronde des Forces Vives de la Nation tenu le 7 février 2015 à Bamako. Elle est à formaliser par la tenue d’un Congrès Extraordinaire du Peuple Malien comme l’ADPS l’avait proposé dès le 5 avril 2012.  
  Près de deux mois après la clôture de la soit disant Conférence d’Entente Nationale, le Peuple malien a la démonstration claire et nette, s’il en était encore besoin, que le régime issu des élections générales de 2013 non seulement n’a pas de solution, mais en réalité fait partie du problème qui doit être résolu par la voie démocratique à la faveur des élections générales de 2018. Plus enclin à aller au devant des desiderata de ses « amis » de l’Elysée qu’à écouter son propre Peuple, le conducteur installé aux commandes grâce au soutien actif des forces putschistes, obscurantistes, féodales et restauratrices s’est complètement fourvoyé dès le départ. En effet, en lieu et place du « train Mali » qu’il a ainsi laissé en rade, il s’est installé aux manettes du « train Condominium franco-algérien » dont la destination finale n’est autre que la gare ‘’Etat de l’Azawad’’ inscrite en filigrane aussi bien dans l’Accord d’Alger que dans le projet de révision de la constitution démocratique de janvier 1992.  
     En conséquence, l’ADPS engage l’ensemble des forces progressistes, patriotiques, républicaines et démocratiques, y compris celles militant au sein du RPM et d’autres partis de l’actuelle mouvance présidentielle, à se ressaisir et à se donner la main pour faire faire prendre au train Mali un nouveau départ, le vrai, le bon et le « remettre sur les rails » de la restauration complète et sans condition de l’intégrité territoriale, de la souveraineté nationale, de la sauvegarde de l’Etat républicain, démocratique, laïc et unitaire du Mali ainsi que de la grandeur et du rayonnement de notre Peuple dans le concert des Nations libres et démocratiques. Les élections générales de 2018 en offrent l’occasion historique aux forces progressistes et celles-ci doivent rester vigilantes pour que le calendrier électoral soit strictement respecté.
    
B)      Du projet de révision constitutionnelle:
   Fruit de la Révolution du 26 mars 1991 et symbole des conquêtes démocratiques que notre Peuple a arrachées de haute lutte, la Constitution du 12 janvier 1992 demeure le rempart inexpugnable contre les velléités restauratrices et les tentatives éhontées des forces obscurantistes et conservatrices de rétablir l’ordre social et politique qui a servi de socle au régime colonial pour opprimer et exploiter les Forces Vives de notre pays.
     Les masques tombent, car, à travers ce projet de révision constitutionnelle qui ne répond à aucune demande ou préoccupation du Peuple malien, le régime issu des élections générales de 2013 avoue, après l’avoir nié contre l’évidence même, que l’Accord d’Alger viole la Constitution de la République du Mali et qu’il convient de tordre le cou à celle-ci pour accommoder celui-là!
   Prétextant de soit disant « lacunes et insuffisances » que l’application de la Constitution du 12 janvier 1992 aurait révélées, « lacunes et insuffisances » que, soit dit à propos, nul n’a démontrées, le projet de révision constitutionnelle vise à instaurer une dictature personnelle héréditaire, avec un mandat présidentiel à durée indéterminée, pour assoir le régime ploutocratique à forts relents mafieux qu’annonce déjà la loi électorale du 17 octobre 2016.
      Les graves problèmes de gouvernance, notamment politique, économique et financière, découlent de défaillances notoires dans le choix des hommes et des femmes chargés d’incarner et d’animer les institutions et non d’imaginaires « lacunes et insuffisances » de la Constitution de la IIIème République. Leur solution n’exige aucune modification de la Constitution car appelant des mesures politiques, législatives, réglementaires ou administratives  s’inscrivant strictement et exclusivement dans de le cadre de la Loi fondamentale.
          La motivation essentielle du projet de révision constitutionnelle est à rechercher  ailleurs: 1) légitimation ex post de l’Accord d’Alger, cet Accord de la démission nationale qui viole allègrement la Constitution, loi fondamentale de l’Etat et expression de la souveraineté du Peuple, instaure une Confédération d’Etats-Régions, et prépare le lit politique, juridique et diplomatique de la partition du Mali; 2) concessions aux forces obscurantistes, anti-démocratiques et antirépublicaines nostalgiques de l’ordre sociopolitique colonial que notre Peuple a rejeté depuis 1957 et en quête d’une remise en cause de la Révolution du 26 mars 1991; 3)confiscation de la souveraineté du Peuple par un clan aux ordres de l’ex-puissance colonisatrice et, 4) velléités de mise en place d’une monarchie dictatoriale de droit supra constitutionnel au service d’un régime ploutocratique et budgétivore comme annoncé déjà par la loi électorale du 17 octobre 2016.  
     Au total, ledit projet est anticonstitutionnel (notamment au regard de l’article 118 de la Constitution), inopportun, mal inspiré, inutilement coûteux (entre autre, le Mali n’a nul besoin d’un Sénat) et dangereux pour l’ancrage et le raffermissement de la République et de la Démocratie au Mali. Le tripatouillage de la Loi fondamentale du pays ouvrirait une période d’instabilité constitutionnelle et en rajouterait à la confusion ambiante entretenue par les forces obscurantistes et restauratrices qui cherchent obstinément mais vainement à jeter la démocratie dans les poubelles de l’Histoire.    
   Il est à noter que le Conseil des Ministres qui, convoqué en session extraordinaire le 12 mars 2017, est censé avoir adopté le projet de révision constitutionnelle n’a en fait jamais été saisi du document constitutionnel, ce qui met sérieusement en cause la légalité et la moralité de la procédure en cours.
     L’ADPS salue le courage politique dont a fait preuve le Président de la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale en ne cédant pas devant les pressions des initiateurs du projet de révision de la Constitution et en décidant d’organiser des écoutes populaires à travers le pays. Elle invite l’Assemblée Nationale à transformer l’essai par un rejet pur et simple du projet ‘’démocraticide’’ et à tirer toutes les conséquences politiques et juridiques de la violation de la Constitution par le Président de la République, notamment le serment inaugural.
     Fortement fragilisé par les conséquences catastrophiques de la crise du Nord, du coup d’Etat du 22 mars 2012 et de la mauvaise gouvernance politique, économique, sociale et sécuritaire, notre pays qui peine à se remettre des vicissitudes souvent violentes de son histoire politique contemporaine. Le régime issu des élections générales de 2013 devrait donc prendre l’exacte mesure de la gravité de l’heure et s’abstenir d’en rajouter inutilement aux facteurs inutiles de division.
    En tout état de cause, si le régime actuel persiste à tripatouiller une Constitution qui ne demande qu’à être appliquée et défendue contre les assauts sournois des forces antidémocratiques, le Peuple militant du Mali saura faire échec aux plans machiavéliques du camp de la démission nationale et de la restauration néocoloniale en réservant, le cas échéant, un résultat tout aussi extraordinaire au referendum devant suivre la succession de sessions extraordinaires destinées à reléguer aux oubliettes de l’Histoire la Constitution démocratique du 12 janvier 1992, ce que les parrains putschistes de l’actuel régime n’ont pas réussi à faire par la force des baïonnettes. La volonté systématique de musellement des voix de l’Opposition plurielle et de la société civile véritablement autonome, y compris par le truchement d’une monopolisation abusive et illégale des media d’Etat et une manipulation de la presse privée n’y pourront rien.   
   
C)    Du nouveau Gouvernement :

         Signe d’instabilité institutionnelle chronique dénotant l’absence de vision stratégique et la faillite du régime issu des élections générales de 2013, la mise en place du nouveau Gouvernement serait véritablement un non évènement, n’était-ce le coût budgétaire excessif induit par sa taille pléthorique et son caractère désarticulé, sans compter les petits calculs politiciens et électoralistes sous-tendant sa composition.  
           La violation tant de la loi que de la promesse présidentielle pompeusement faite le 8 mars 2017 quant au quota basé sur le genre est une illustration de plus du mépris inacceptable que le régime actuel, par ailleurs aux petits soins lorsqu’il s’agit de satisfaire aux injonctions et desiderata de ses maîtres hexagonaux ou aux caprices des groupes armés, a pour le Peuple malien, ses lois républicaines et ses institutions démocratiques.  
D)    De l’état de l’économie et de la dégradation du climat social:
           Tout comme ses prédécesseurs, le nouveau Gouvernement n’a aucune vision réelle pour apporter une réponse concrète et durable aux nombreuses préoccupations légitimes à court, moyen ou long terme du Peuple malien. La cascade de grèves générales, souvent à durée illimitée, dans divers secteurs névralgiques de l’Etat et de l’activité économique et sociale est symptomatique d’une exacerbation des tensions sociales face à l’imprévoyance des pouvoirs publics.  
          Passé maître dans la pratique du miroir aux alouettes, le régime issu des élections générales de 2013 paie aujourd’hui le prix de sa propagande mensongère tendant à faire croire que les finances de l’Etat et l’économie nationale, y compris la production céréalière, seraient dans un état  d’excellente santé comme le Mali n’en avait point connu auparavant.
          Incapable de concevoir et d’élaborer un plan de relance économique et un programme cohérent et volontariste de développement socioéconomique et d’aménagement du territoire, le régime issu des élections générales de 2013 en est réduit à s’agripper au « satisfecit » des institutions de Breton Wood, en oubliant dangereusement que : a) un programme avec le FMI et la Banque Mondiale ne saurait tenir lieu de programme de développement économique et social axé sur la transformation structurelle d’une économie largement de traite, désarticulée, extravertie et faiblement intégrée (marché intérieur cloisonné); b) un taux de croissance nominale du PIB d’environ 5,8% est largement insuffisant pour réduire la pauvreté, compte tenu non seulement de la croissance démographique (et de l’inflation) mais aussi du fait que l’essentiel des secteurs moteurs de l’économie (banques et assurances, télécommunications, mines, agrobusiness, transports internationaux,  etc.,etc.) sont contrôlés par des capitaux étrangers et, c) seul un taux de croissance économique à deux chiffres, appuyé sur une participation nationale plus élevée aux fruits de l’activité économique ainsi qu’une politique volontariste de transformation structurelle de l’économie et de la société sous la direction stratégique d’un Etat véritablement au service du Peuple et de la justice sociale pourront mettre le Mali sur la trajectoire de l’émergence. A titre d’illustration, une révision du code et des contrats miniers dans un sens plus favorable à l’Etat, aux populations locales, aux opérateurs miniers nationaux et à la préservation de l’environnement, accompagnée par une éradication de la petite et grande corruption contribuerait significativement à l’amélioration des conditions de vie et à l’incitation à l’investissement productif.     
      Les tensions à la hausse sur les prix à la consommation observées sur les marchés (que n’explique aucune forte poussée, même saisonnière, de la demande intérieure ou extérieure) ainsi que le recours abusif à l’émission de bons du Trésor (endettement intérieur) sont plutôt des signes d’alerte rouge qu’un quelconque indicateur de bonne santé économique et financière du pays. En outre, nonobstant l’exploitation politicienne que le régime semble faire des conclusions de la dernière revue du Programme par le FMI, celui-ci tire en fait la sonnette d’alarme sur les risques systémiques pesant sur les investissements et la bonne gestion budgétaire au Mali.
      L’insensibilité face à l’énorme demande sociale et à l’inefficacité et à la vénalité des services publics, ajoutée à l’arrogance manifestée face aux partenaires sociaux expliquent au moins en partie le bouillonnement social. N’ayant à ce jour entrepris aucune initiative crédible en matière de relance économique ou de dialogue social sincère et honnête, n’ayant aucun programme d’amélioration du pouvoir d’achat de ses propres agents et des conditions d’équipement et de travail des services publics essentiels et incapable d’honorer ses propres engagements, le régime actuel en est réduit à s’engager dans un engrenage dangereux marqué par la fuite en avant et la capitulation en rase campagne devant des revendications corporatistes largement légitimes quoique souvent excessives et financièrement non soutenables à terme par les finances publiques et l’économie nationale.
          L’ADPS soutient que la gestion de la crise sociale passe par une clairvoyante capacité d’anticipation et de dialogue dans la sincérité, la fermeté et l’esprit de suite (vigilance par rapport aux effets domino, à l’impact inflationniste et à l’attractivité du Mali pour l’investissement national ou extérieur, respect de la signature et de la parole de l’Etat, etc. etc.) permettant aux pouvoirs publics d’apporter des réponses réalistes, adéquates, crédibles, durables et globales à l’énorme demande sociale tenant compte des orientations suivantes: 1) revue périodique, progressive mais significative  des salaires (devant se traduire par une amélioration du pouvoir d’achat ) de tous les agents civils et militaires de l’Etat en fonction a) des possibilités financières à court, moyen et long terme de l’Etat ; b) de la nécessité d’établir/maintenir un ratio convenable entre dépenses de consommation et c) d’une gestion rigoureuse de l’économie nationale et des finances publiques en particulier ; 2) adoption de critères de performance individuelle et collective ainsi que d’un baromètre mesurant la qualité et la transparence du service public, y compris le degré de satisfaction des usagers ; 3) adoption et mise en œuvre de réformes structurelles endogènes et de pactes de progrès, y compris au niveau de tous les secteurs de l’économie ainsi que de l’Administration publique et parapublique, axées sur l’efficacité économique et la justice sociale, favorisant les gains de productivité, le travail bien fait, la fin de l’impunité ainsi que l’obligation de résultats pour tous les agents et intervenants ; 4) adoption d’un Pacte Social Global encadrant le dialogue social et la gestion des revendications et, enfin 5)renforcement des capacités de négociations sociales à la fois des organisations syndicales et des cadres des Départements ministériels, notamment ceux en charge du Travail, des Finances et de la Fonction Publique.

Conclusion:
    Le Mali est à la croisée des chemins. La trajectoire actuelle de la gestion publique du régime issu des élections générales de 2013 conduit vers 1) une vassalisation (condominium franco-algérien) et une partition du pays ; 2) un renforcement de la mise sous coupe réglée de l’Etat et de l’économie par un clan budgétivore inféodé aux milieux putschistes et obscurantistes à forts relents mafieux aux dépens de la justice sociale, 3) une remise en cause des valeurs du 22 septembre 1960 et du 26 mars 1991 et 4) une mise en danger des principes de la république, de la démocratie et de la laïcité de l’Etat.
     Il est du devoir historique des forces patriotiques, progressistes, républicaines et démocratiques de tout mettre en œuvre, par des voies  exclusivement démocratiques, pour inverser cette trajectoire et assurer la victoire du Peuple lors des élections générales de 2018. En particulier, il revient aux forces politiques et sociales acquises au changement et attachées à la restauration complète de la souveraineté du Mali, à la justice sociale et au progrès socioéconomique équilibré et durable de toutes les couches et de toutes les régions de notre pays, de créer les conditions d’une candidature unique ou harmonisée à l’élection présidentielle prochaine adossée à une plateforme de gouvernement s’inspirant de la Charte du Front Populaire, Pôle de la Gauche patriotique, républicaine, démocratique, progressiste, sociale et panafricaniste du 6 juin 2016.    

                            Fait à Bamako, le 1er juin 2017

                             Le Comité Directeur de l’ADPS